Daniel Darc, chronique du concert à l’Olympia en mai 2008

Daniel Darc
Daniel Darc-Tatouages-

Daniel Darc est de retour sur la scène de l’Olympia après une longue période d’absence. C’est une résurrection pour l’ex-chanteur de Taxi-girl qui fait suite au succès de son album “Crève cœur”. J’ai assisté à ce concert en mai 2008 : l’ambiance était électrique, je vous raconte tout !

Daniel Darc, un Johnny CASH à la française

Daniel Darc, a traversé des années sombres. Il revient cabossé en cette nuit de mai 2008 à Paris dans la salle mythique de l’Olympia. Son corps est marqué, mais il a le regard enfantin. Pendant les rappels, il bénit la foule. Daniel Darc regarde Laurent Sinclair (ex-Taxi Girl) avec tendresse. À d’autres compagnons de route, il dédie ses chansons. Il y a comme un air de rédemption dans la salle. Il reprend avec Berry La chanson d’Hélène ” tirée du film de Claude Sautet  “Les choses de la vie”. Après chaque titres, il enchaîne les accolades avec ses amis. Il déguste son nouveau statut de prêcheur à la française. Il est notre homme en noir, notre Johnny Cash. C’est une joie de le retrouver en si grande forme.

Retour sur “Nijinski”, l’album oublié

1994, l’album “Nijinski” parait en toute discrétion sur le label Bondage. C’est la drogue, les amours déçus et le mal de vivre. Le chanteur maudit est au cœur du chaos. Cet album fiche la trouille. Les damnés s’y retrouvent : ils connaissent bien « l’amour offert en vain et refusé pour toujours ». “Nijinski” est un chef d’œuvre qui mérite d’être re-découvert.

Et cette phrase qui surgit de la nuit : « Il y a des moments accablants où je vois des anges vêtus de blancs ». Daniel Darc décrit la folie si proche de lui. Il est aux oubliettes pour les médias et l’auditoire de l’album reste confidentiel. Le mythe malsain reprend ses droits, c’est le temps du sacrifice comme pour nombre de ses héros.

Ma vie ne va pas assez vite, alors je l’accélère… Je la redresse”

Sauvé des eaux par le producteur Frédéric Lo

En 2004, le hasard d’une rencontre avec Frédéric Lo propulse Daniel Darc au sommet de son art. La magie des arrangements de l’album “Crève cœur” révèle un diamant brut. Le producteur parvient à guider l’artiste en lui insufflant la confiance qui lui manquait tant. Le public se réveille enfin et les majors n’en reviennent pas. Qui aurait osé parier sur le succès de ce “Crève cœur ” ? Sans doute personne car l’album est à l’opposé des succès du moment. Pourtant, c’est un succès commercial et critique incontestable. L’ironie est grande lorsque l’album est récompensé au victoires de la musique dans la catégorie “album révélation de l’année”. C’est le temps de la revanche qui commence et Daniel Darc va pouvoir enfin respirer.

Taxi-Girl : petit retour historique

Ce qui frappe à l’époque de Taxi-Girl (1978-1986), c’est le charisme qui se dégage du jeune Daniel Darc. Sa manière de chanter est unique. Elle oscille entre ridicule et génie : sur le fil du rasoir.

Nous sommes jeunes, sommes fiers“.

Proche du désarroi, la poésie des jeunes gens modernes force le respect. Mais l’incompréhension s’installe lorsque “Viviane Vog” tranche ses veines sur des musiques synthétiques en première partie des Talking Heads au Palace. Le public est horrifié. Daniel Darc met sa vie en danger car il faut qu’il se passe quelque chose en 1979 : erreur de jeunesse ou provocation qu’il ne reniera sans doute jamais.

Olympia 2008 : la renaissance

Abîmé par la vie, Daniel Darc titube sur scène. Son regard est droit et offert au public. Homme à vif, il affronte un passif lourd aux yeux du rock en France. Cela se passe à Paris, dans sa ville. Pour mémoire, Paris s’épelle toujours « M.E.R.D.E.» en langage Darc. Le groupe reprend “N’importe quel soir ” façon white trash, guitares en avant. C’est rock et réjouissant. Ce soir on liquide Taxi girl, le punk et tout ce que vous voulez.

En 2008, l’âge embellit et “ La vie est mortelle ” car elle réserve pas mal de surprises. Comme une digestion assumée de son histoire, Daniel Darc ose “Cherchez le garçon “, le tube mythique et l’Olympia entre en transe. Entre temps, il y a eu de l’amour dans l’air et des chansons magnifiées par un groupe terrible.

Je suis le seul garçon sur terre et c’est bien !”

Daniel Darc, n’est plus dangereux. Ni pour lui, ni pour nous. Il est vivant et semble enfin heureux. J’espère sincèrement que cela va durer.

MA.BIDON

N.B. : Daniel Darc nous a quitté le 28 février 2013 dans son appartement du 11 onzième arrondissement de Paris. Je dédie cet article à mon grand frère Jean-Luc parti lui en 1996 et pour qui Daniel Darc et ses textes ont été d’une grande aide pour affronter sa grande souffrance.

La lettre de Daniel Darc distribuée à l’Olympia avant son concert

“This is the evening of the day…” curieuse et déplorable impression de comprendre As Tears go by un peu mieux chaque jour. Le temps de l’ impunité est loin. Derrière. moins d’O.D’s mais plus de cancers. changer de carnet d’adresse. Trop de croix. D.O.A. Dextination Bruxelles pour un autre concert. Mariane Faithfull pleure sur une radio quelconque.

Avant c’était un chanteur fan de Brassens, après ce sera sans doute un jeune talent à la guitare pleine de plumes. Et le pire c’est que nous n’en avons plus rien à foutre. Et… pire encore peut-être : nous avons peut-être raison. Personne ne sortira d’ici… vivant. Trouver la salle.

Trouver la boisson. Trouver la scène. Trouver les chiottes.

Trouver la glotte. Vomir. Avec élégance ! retour sur scène.

Cette fois, il y a des gens qui regardent. Savoir qu’ indubitablement, dans quelques minutes quelqu’un crira “Rock’n’roll”. Craindre qu’un journaliste plus tard me demande: “Et le punk dans tout ça ?” Après les loges, trouver l’hôtel.

Une fille à l’accent américain… une fille me prendra -peut-être- dans ses bras. Demain matin reprendre la route. Olympia. Merde ! vivre ce qu’on a toujours voulu vivre. Merci. LUV. Daniel D.”

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