Véronique Sanson Amoureuse LP

Jeanne Cheral reprend Véronique Sanson au 104 (PARIS)

Jeanne Cherhal & Véronique SansonAmis lecteurs, je vais vous conter un beau roman, une belle histoire : la rencontre entre Jeanne Cherhal et Véronique Sanson.

Il y a quelques mois, j’entends parler d’un projet étrange. Jeanne Cherhal envisage de reprendre  le premier album de Véronique Sanson “Amoureuse”, publié en 1972, lors de deux séances exceptionnelles au 104. L’idée de  fêter les 40 ans d’un disque et de rendre hommage à Véronique Sanson, une personnalité unique de la chanson Française, me séduit d’emblée.

J’admire les artistes qui multiplient les projets, qui fonctionnent à l’envie, sans soucis des modes et des préjugés. J’ai souvent croisé, au milieu du public, Jeanne Cherhal lors de concerts parisiens. Elle se nourrit des autres et cette curiosité fait partie de son processus de création. C’est une artiste en constante évolution depuis ses premiers enregistrements. Elle peut aimer Biolay comme Diam’s, Higelin ou JP Nataf. La diversité est rare dans ce pays et mérite d’être valorisée.

L’ imprudente

J’aime les artistes imprudents. S’attaquer au répertoire de Véronique Sanson, c’est crier haut et fort que, parfois, ce qui est populaire nous touche comme rien d’autre. C’est affirmer que des  paroles et musiques peuvent chuchoter à notre oreille comme à celle de notre voisin. On ne partage plus grand chose avec son voisin dans la France d’aujourd’hui. Les artistes se rangent dans des cases hermétiques.

Pour ma part, la sagesse venant avec l’âge, j’essaye de me détacher de mes préjugés adolescents. Ils m’ont bien sûr construit et fait de moi ce que je suis. Mais je suis parfois trop sûr de mon goût. Alors je cherche à me déconstruire, à aller vers ce que je ne connais pas, à tenter l’aventure. Un chroniqueur comme Didier Varrod, présent hier au 104, m’a appris à aimer dans tous les sens. Il n’est pas rare que des titres de Michel BergerFrance GallJulien Clerc ou Balavoine, personnages trop souvent méprisés, traversent ma vie. Ils  font partie de mon folklore.

Amoureuse

J’écoute “Amoureuse”, ce premier  album de Véronique Sanson, et il me remue. Il agit comme une évidence et l’on aimerait avoir écrit cette évidence. Parler d’amour est un poncif, mais parler d’amour avec talent c’est atteindre la terre entière.

“Et l’aurore m’apporte le sommeil, Je ne veux pas qu’arrive le soleil, Quand je prends sa tête entre mes mains, Je vous jure que j’ai du chagrin”.

Véronique Sanson Amoureuse LPJe suis amoureux, ça me bouleverse, ça ne sert à rien d’en discuter. Musicalement, en 1972, Véronique Sanson propose un pont étrange entre la folk-music américaine et la chanson Française. La voix de cette jeune interprète vient du blues. Elle est  unique, détestée ou adorée. Elle ne laisse personne indifférent. Ce disque est une révolution en son genre et annonce l’arrivée d’une nouvelle scène française. Il est rempli de chansons essentielles, aux arrangement magnifiques: Le son chaleureux de la basse a cette rondeur incomparable que l’on prisait alors.

Le concert au 104

Effectivement, ce disque méritait que l’on revienne à lui.  Jeanne Cherhal a vu juste. La salle s’éteint. Jeanne se dirige vers un pick up et lance la galette noire. Un trio de musicien tout droit sorti des seventies et dont la moyenne d’âge ne doit pas dépasser la trentaine  s’installe sur scène. Laurent Saligault, croisé à de nombreuses reprises aux cotés de Vanessa Chassaigne, grand fan de Sir Paul Mac Cartney, est dans son élément, aux croisements de la pop et de la chanson. Son travail sur ce projet est magnifique. Nous sommes plongés 40 ans en arrière pour une heure de frissons. A mes cotés, mon amoureuse. Tout cela me procure une émotion rare.

Jeanne Cherhal a travaillé avec acharnement sur ce projet, cela se sent. Son interprétation vocale est juste, d’une grande sincérité. Véronique Sanson est dans la salle. Jeanne l’aperçoit et cela lui fait perdre le fil. Elle se reprend, avec bien sûr, encore plus d’émotion. Cela s’appelle le talent. La jeune chanteuse rend hommage à l’icône. J’imagine ce qui doit se passer dans sa tête, ce doit être un grand remue-ménage. A la fin du set, le public applaudit à tout rompre. Véronique Sanson monte sur scène pour remercier Jeanne.

Le final

A ce moment, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris. Il me semble qu’elle lui propose un duo. Jeanne refuse poliment. Elle est bouleversée par l’idée de l’improvisation, de la confrontation directe. Il y a de quoi être perturbé. Elle  sort de scène et revient immédiatement courir après Véronique Sanson, comme s’il elle avait pris conscience de son erreur. Elle n’avait pas le droit de refuser une telle proposition. Ces deux chanteuses affranchies se lancent dans l’inconnu pour un duo digne de l’instant magique. Tout se termine par “Le temps des cerises“, reprise inattendue et révolutionnaire, emplie d’un fond de blues originel. Elles font fondre le public, moi je succombe.

Voilà, c’était riche en émotion, sincère, inattendu et jouissif. Ce concert était plein de vie et m’a donné envie d’écrire. Il sera prochainement radio diffusé en avril sur France Inter.Terminons ce récit par un conseil que je pense avisé, il est urgent d’écouter et de réécouter ces deux imprudentes, le plaisir est rare, il faut en profiter.

MA.BIDON

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