Keren Ann -Récit autour de son concert à la Cigale en mai 2011-

Keren Ann-101-Après un concert brillant de la chanteuse Keren Ann à la Cigale (Paris) en 2011, j’ai eu envie de revenir sur quelques moments fondateurs qui ont forgé mon rapport à cette artiste iconoclaste dans le paysage musical. 

Tout a commencé au début de l’année 2000, j’étais chez un ami, un samedi après midi sur le plateau de la Croix-Rousse à Lyon. Nous écoutions en avant première les bandes d’un album d’une jeune chanteuse, Keren Ann, qui devait sortir quelques mois plus tard. Le chanteur Caladois, Benjamin Biolay, était à la production.

La première fois,

Benjamin Biolay, j’en entendais parler, par des amis communs. Il ne m’impressionnait pas vraiment. Il y avait eu cette tournée dans les bars sur les pentes de la colline qui crie. C’était un auteur compositeur qui se cherchait. Je l’observais de loin. En 1997, il avait été signé par la maison de disque EMI. Un single était sorti, techniquement parfait, sous grande influence de l’Affaire Louis Trio, mais sans grand intérêt. Ce que nous écoutions  en cette fin d’hiver 2000, était le fruit d’une collaboration avec une jeune chanteuse totalement inconnue dénommée Keren Ann. J’étais suspicieux, prêt à dégainer une critique facile. Mais ce que j’ai entendu ce jour là, est resté gravé à jamais dans ma mémoire.

Au fil des chansons, j’ai été sonné et je crois avoir eu les larmes aux yeux. J’étais fan des arrangements des Pale Fountains, de XTC, des Beach Boys, de Love et des Beatles bien sûr. A cette époque, Je désespérais que l’on prenne à nouveau la pop au sérieux.

En 1993, il y avait eu l’Affaire Louis Trio et son génial « Mobilis in mobile », un album de référence classieux pour la pop d’ici. Une petite révolution isolée dans le paysage musical Français. Ce recueil de chansons continue à me bouleverser aujourd’hui après chaque écoute. Benjamin Biolay a fait ses armes à cette période, dans l’ombre des studios, aux cotés de son ami Hubert Mounier. Je l’imagine traîner près de la console. Sans doute se disait-il que quelque chose était possible. Je ne sais pas ce qu’il avait en tête. En tout cas, c’était une étape importante de sa construction. Avec le recul, je me rends compte à quel point « Mobilis in mobile » a dégagé un horizon pour toute une génération d’auteurs-compositeurs.

La biographie de Luka Phillipsen,

Revenons à cette écoute de « La biographie de Luka Phillipsen ». Benjamin Biolay, manifestement, avait eu carte blanche de la part de la maison de disque. Son talent d’arrangeur pouvait éclater au grand jour. C’était brillant.

Je me suis dit que des auteurs de ma génération étaient enfin en train de prendre le pouvoir. J’étais terriblement excité. Les compositions souvent co-écrites étaient à la hauteur, terriblement à la hauteur. Il y avait des odeurs de Gainsbourg et de Jean-Claude Vannier. C’était du sérieux. De la voix de Keren Ann se dégageait une extrême sensibilité, un timbre unique, une chaleur dont je me suis senti proche immédiatement. Il y a eu du coup de foudre dans l’air.

A l’époque, ce n’est pas « Jardin d’hiver » qui a retenu mon attention mais un duo de charme « Décrocher les étoiles ». J’en ai eu des frissons. J’avais toujours rêvé, sans trop y croire, d’entendre quelque chose comme cela en Français.
Voilà, c’était parti. Je plaçais Keren Ann et Benjamin Biolay au centre de mes préoccupations musicales. Ils sont restés des compagnons fidèles de route et de déroute au fil des ans.

Le concert avec Joe Cocker,

Je me souviens d’une soirée étrange où je les ai rencontré pour la première fois. Keren Ann avait été embarquée sur la tournée de Joe Cocker afin d’assurer les premières parties. C’était un rien surréaliste. Avec une amie, nous avions eu des invitations. Je me retrouvais à Lyon, au palais des sports, au milieu public du vieux soulard Anglais. Sa voix m’a toujours irrité au plus haut point.
Il y avait donc en jeu une confrontation entre la grâce, la sensibilité de Keren Ann et le jeu de scène dégoulinant de sueur  de Joe Cocker.

Je ne crois pas que le public ait été très attentif à cette première partie. Moi je l’étais. Elle faisait ses premiers pas timides sur scène. C’était beau comme un accouchement. Je me souviens que des rayons de soleil envahissaient la salle. Bien sûr, nous avons fui après ce moment de grâce bien avant l’arrivée sur scène de Joe Cocker afin de rester dans cette atmosphère charmante.

L’équipe du concert dînait rue Mercière. Nous les avons rejoint. Il y avait Hubert Mounier et Benjamin Biolay. J’étais excité de les rencontrer et aussi terriblement timide à l’époque. Je n’ai pas décroché un mot. J’observais. J’ai vu que Keren Ann était attentionnée. Je me rappelle qu’elle m’a regardé attentivement puis a interpellé Benjamin. Je lui faisais penser à un de leurs amis. J’ai rougi.

Trois albums magiques,

Un peu plus tard,  il y a eu « La disparition », le second album, qui marque l’affirmation du talent d’auteurs compositeurs du duo Keren Ann-Biolay. Et un splendide concert au Transbordeur avec Dorian en première partie. Je suis resté à la fin au bar. J’étais toujours timide, et admiratif.
Et puis, Keren Ann a pris sa carrière en main. Benjamin Biolay s’est éloigné. Elle s’est imposée comme auteur compositeur interprète, sur les traces de son idole Bob Dylan.

En s’exprimant en Anglais, elle est parvenue à maturité artistique par une trilogie d’albums dont je ne me remets pas tant ils correspondent à mon idéal pop :

  • Not going anywhere (2003)
  • Nolita (2004)
  • Keren Ann (2007)

Ce dernier album éponyme, reste à ce jour selon moi sa plus belle réussite. C’est un album New-Yorkais d’une puissance sonore rare imprégnée du Velvet Underground. La voix de Keren Ann hypnotise et la production est parfaite.

Le concert à la Cigale,

Keren Ann l’avait formidablement défendu lors d’un concert au Café de la danse à Paris. Métamorphosée, elle est devenue une folk singer internationale de la trempe de Suzanne Vega, aussi à l’aise dans un bar à New-York que sur la scène de l’Olympia. Je ne suis pas sûr que beaucoup auraient imaginé une telle carrière. Keren Ann force notre respect.

Mardi 24 mai 2011, c’était le premier concert à la Cigale pour fêter le nouvel album « 101 » qui marque une nouvelle étape. Il est un peu disparate mais elle l’a produit de A à Z et contient de véritables perles comme ce « All the beautiful girls » mais aussi une aventure surprenante imprégnée de rythmes électroniques , d’une basse discoïde du plus bel effet. Désormais, on peut danser sur la musique de Keren Ann. C’est une nouvelle révolution!

Hier, Keren Ann était blonde. Elle était hot, elle était rock. Elle a enflammé la Cigale avec un “My name is trouble” de folie. La salle s’est transformée en discothèque. C’était électrique. J’ai une estime infinie pour ce qu’elle produit et pour ce qu’elle est. Keren Ann is fantastic, just fantastic!

Marc Antoine BIDON

Share Button

Laisser un commentaire