45 tours "Get baque" Starshooter

Le rock d’ici n’est plus ce qu’il était : Starshooter reprend “Get Baque” (1978)

Publicité StarshooterLe groupe lyonnais Starshooter est unique en son genre. Entre 1978 et 1981, ils ont marqué de leur patte le rock français. Leur second single est une reprise toute personnelle d’un hit des Beatles “Get back” renommé “Get baque”. Quel était donc l’enjeu de cette parodie ?

Que se passe-t-il musicalement, en France, sous le règne de Giscard ?

En 1978, les membres du groupe de rock lyonnais Starshooter ont autour de 18 ans.  Ils viennent de sortir leur second 45 tours “Get baque”. Dans cette parodie du classique des Beatles “Get back”, ils dynamitent les codes de la musique de la France Giscardienne.

À cette époque, le rock en France n’existe pas encore. Une pépite sauve la mise et ouvre des portes: La tentative électrifiée de Jacques Higelin, “BBH 75”.

À Lyon en 1978, la situation est la suivante :

  • La jeunesse s’ennuie,
  • Il n’existe pas ou peu de salles de concert et celles qui existent sont réservées aux stars,
  • Les pubs-rock où les gones de Lyon peuvent s’entrainer à jouer sont rare,
  • Les circuits alternatifs restent à inventer.

Les radios ne sont pas encore libérées et « play-listent » à gogo les Beatles et autres mastodontes français qui ne veulent plus rien dire pour une jeunesse qui rêve à nouveau d’ébullition.

Que se passe-t-il en Angleterre?

De l’autre coté de la manche une révolution est en marche. Les punks dynamitent la musique. Ils jouent mal de leurs instruments, chantent faux, transgressent les règles établies. Bizarrement, une véritable armée des ombres se regroupe derrière eux. En France, c’est encore assez calme, mais quelque chose est en train de germer à Paris comme en province.

Quel est le contexte historique de “Get baque” ?

Alors ce “Get baque” c’était quoi ? Un brûlot hystérique mené par des minets écervelés se faisant facilement la main sur un groupe majeur ayant contribué à créer la musique pop ?

Non, il ne s’agit pas de cela. Le single “Get baque” est souvent mal compris. Il mérite d’être replacé dans son contexte historique :

  • En 1978, les Beatles (séparés depuis plus de 8 ans) ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils ont été. Les quatre membres sont bien éloignés du monde des eighties qui s’annonce!
  • Les jeunes Starshooter (Prononcer “jeûuunes” comme sur les pentes de la Croix-Rousse) sortent de l’usine et n’ont aucune envie d’y retourner ! La drogue ne les fait pas fantasmer et Kent, le chanteur-leader, préfère faire des katas. La boisson officielle des Starshooter est le lait-fraise !

Ré-écoutons le morceau en question et plongeons nous dans l’ambiance de l’époque avec cette vidéo de “Get baque” (réalisée à l’époque par un certain Georges Ray). Les Starshooter s’amusent comme des petits fous lors d’un playback que l’on peut qualifier d’historique. C’est un condensé d’énergie débridée et d’humour. Admirez l’attitude de Phil Pressing, le batteur fou, et surtout, sa capacité à mettre la pagaille ! À l’époque, Starshooter est surtout synonyme de joyeux bordel !

Est-ce une attaque en règle contre les Beatles ?

Les Beatles ne sont cités ici que pour ce qu’ils représentent dans une industrie musicale fatiguée. A l’inverse, nos sémillants lyonnais jettent un pavé dans la mare et secouent le cocotier d’une France un peu trop plan plan.

Avec humour et sans prise de tête, “Get baque“, véritable brûlot punk au goût fraise, effraiera l’industrie phonographique. La maison de disque des Starshooter, EMI qui distribue également les disques des Beatles, retirera les galettes de chez les disquaires après une semaine d’exploitation! EMI a sans doute eu peur que les Beatles portent plainte contre nos petits Lyonnais pour plagiat. Quelle crise baby ! 😉

Get baque“, c’était tout simplement la joie et l’énergie d’un possible punk à la française.

Quelques années plus tard, en décembre 1980, à la mort de John Lennon, Kent se fendra d’une chronique dans le regretté magazine Best. il y explique son désarroi face à la tragédie et reconnaitra la forte influence que cet homme et son groupe ont eu sur leur époque.

En dépit d’un texte trop souvent pris au premier degré (“On veut plus des Beatles et d’leur musique de merde juste bonne à faire danser les minets…”), cette chanson n’était en rien “anti-Beatles”. Elle était anti-système, donc Punk !

A quoi sert d’écouter Starshooter aujourd’hui ?

En 1978, je n’ai que cinq ans.  J’observe avec étonnement le comportement déjanté de ma grande sœur Martine, grande fan des Starshooter. Je ne sais pas encore que je vais prendre le relais quelques années plus tard avec d’autres brillants alternatifs comme Les Béruriers Noirs et autres Satellites (Ahh, “les Américains“!) qui sauront ranimer la flamme laissée éteinte après le split du groupe en 1981.

Aujourd’hui, l’époque est de nouveau synonyme d’immobilisme et l’industrie musicale est sclérosée. La musique de Starshooter mérite d’être écoutée car elle reste le symbole d’une époque ou tout semblait possible.  J’espère sincèrement que d’autres « Starshooter » vont s’essayer au dynamitage et montrer l’exemple à une nouvelle génération ! A toute bombe !

MA.BIDON

Merci à Vinyl, revue indépendante, d’avoir publié cette chronique dans son numéro 79.

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